r Nous, l'orchestre
Philippe Béziat, France, 2026o
How does an orchestra – a collective whose functioning is based on a hierarchical structure – work? In an attempt to unravel this mystery, cameras and microphones slip inside the walls of the Orchestre de Paris. Through interviews and rehearsal footage, the documentary gives us a glimpse into the musicians’ experiences, as well as the emotion and beauty at the heart of music in the making.
En 1978, Fellini tournait la parabole Prova d’orchestra, ou comment l’irruption d’une équipe de télévision met à mal la discipline d’un orchestre: chaque musicien·ne, devant l’objectif de la caméra, affirme que son instrument est les plus important. Les égos se déchaînent, l’autorité du chef d’orchestre est contestée de toutes part, la répétition vire au fiasco monumental. Près de cinquante ans plus tard, le documentaire de Philippe Béziat nous rappelle qu’un orchestre est un collectif dont le fonctionnement repose sur la verticalité: sans chef·fe, sans collégialité, la fausse note est assurée. Comment, et pourquoi diable, est-ce que cela fonctionne? En s’aventurant au sein de l’Orchestre de Paris, le réalisateur essaie de percer ce mystère. Il filme des répétitions, s’entretient avec des musicien·nes, convoque des témoignages écrits. On est frappé par la richesse métaphorique du langage des chef·fes, qui donnent leurs indications en parlant de papillon, de sang ou de montre, autant de façons de nommer l’ineffable qu’est la musique. On s’amuse du contraste entre les scènes donnant à voir des musicien·nes concentré·es sur leur partition, visiblement dédié·es à leur art, et les témoignages révélant les difficultés de leur quotidien: certaine personnalités difficilement compatibles sont contraintes de travailler ensemble, l’agacement pointe chez d’autres à force d’entendre deux de leurs collègues se raconter leur barbecues dominicaux en pleine répétition... On est touché par les moments de complicité saisis au vol, notamment par ces mots d’adieu d’un membre de l’orchestre qui remercie ses collègues de l’avoir supporté, au double sens du terme, durant toutes ces années. Bravo, les artistes!
Emilien Gür
